« Vingt ans après, les amitiés qui s’y lièrent durent toujours, et c’est le plus important pour moi. Car si c’est ma conviction, comment prouver que cette mise à l’air publique d’homosexuel(le)s, avec, en cerise sur le gâteau, folles et autres gazolines, eut un effet sur l’évolution des mœurs en France ? »
Hélène Hazera, « Souvenirs gazogènes », Gai Pied Hebdo, 7 mars 1991
En France, la plupart des études universitaires sur les personnes trans sont concentrées dans les disciplines de la sociologie, des sciences politiques, de la médecine, de la psychologie et du droit. Quelques travaux commencent à poindre, comme le travail de l’historien médiéviste Clovis Maillet, mais il semble que la question des mobilisations collectives reste un point aveugle de la recherche historienne, et ce contrairement à d’autres espaces géographiques[1].
Selon une idée commune, les personnes trans ne seraient qu’une réalité ultra contemporaine, dont l’histoire militante ne commencerait qu’aux années 1990 et 2000. Je me suis intéressé à ce qu’il se serait passé avant cette médiatisation accélérée de la « question trans », de fait divers à sujet de société[2]. Travaillant sur les « années 68 », c’est-à-dire une période historique s’étendant de 1962 à 1981 avec comme épicentre les évènements de Mai 68, j’ai pris connaissance via la lecture de livres et d’articles sur les mouvements homosexuels d’un groupe de militantes, les Gazolines.
Dans la continuité des évènements de Mai 68 et de leurs revendications, de nouveaux mouvements militants voient le jour et ont pour but de faire exister les questions de genre et de sexualité dans l’espace public. En ce sens, les Gazolines étaient un groupe informel ayant existé au sein du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), entre 1971 et 1974 environ à Paris.
Les Gazolines étaient composées de personnes identifiées et…
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