Dans quelle mesure la pensée de Marx et d’Engels est-elle compatible avec l’écologie moderne ? Peut-on concevoir une lecture écologique de Marx ? Quels sont les acquis du marxisme indispensables à la constitution d’un écosocialisme à la hauteur des défis du XXIe siècle ? Et quelles sont les conceptions de Marx qui exigent une « révision » en fonction de ces exigences ?
C‘est notamment à ces questions que répond le philosophe Michael Löwy dans ce texte. Celui-ci est extrait de son dernier livre Étincelles écosocialistes, paru aux éditions Amsterdam, dans lequel il revient sur les origines, les enjeux stratégiques et le contenu politique du projet écosocialiste.
Mon point de départ est la constatation suivante : premièrement, les thèmes écologiques n’occupent pas une place centrale dans le dispositif théorique marxien ; deuxièmement, les écrits de Marx et d’Engels sur le rapport entre les sociétés humaines et la nature sont loin d’être univoques et peuvent donc être l’objet d’interprétations différentes. À partir de ces prémisses, j’essayerai de mettre en évidence quelques tensions ou contradictions dans les textes des fondateurs du matérialisme historique, en soulignant, cependant, les pistes qu’ils donnent pour une écologie d’inspiration marxiste.
Les principales critiques adressées par les écologistes à la pensée de Marx et d’Engels
Tout d’abord, on décrit les deux penseurs comme des partisans d’un humanisme conquérant, « prométhéen », qui oppose l’homme à la nature et fait de lui « le maître et possesseur » du monde naturel, selon la formule de Descartes. Il est vrai qu’on trouve chez les deux de nombreuses références aux notions de « contrôle », de « maîtrise » ou même de « domination » de la nature. Par exemple, selon Engels, dans le socialisme, les êtres humains « pour la première fois deviennent des…
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