Depuis quelques jours, une version IA d’un fantôme de Michel Foucault hante les réseaux sociaux. Tout part d’une blague que certains trouvent très drôle, d’autres beaucoup moins : foukenstein.lol, l’hybridation en LLM du célèbre philosophe et de l’encore plus célèbre monstre, Frankenstein. Les auteurs de ce canular qui n’en est pas tout à fait un, saisissent l’occasion pour interroger de manière plus générale notre rapport à la technique. Peut-on se contenter de critiquer, conspuer et rejeter l’IA ou faut-il envisager de la hacker ?
Quiconque sʼest déjà aventuré dans certains espaces critiques de Bluesky, Mastodon ou Instagram connaît le réflexe. Dès quʼun projet touche aux LLMs (Grand modèle de langage), à la génération dʼimages ou à un algorithme dʼapprentissage, le soupçon précède souvent lʼexamen : technosolutionnisme, technocésarisme, technoautoritarisme…
Le terme « technofascisme » circule désormais comme une clé qui prétend ouvrir toutes les serrures et qui, ce faisant, finit surtout par reconduire une évidence : une IA générative sans capital, sans terres rares, sans travailleurs du clic, sans néo-colonialisme, sans prédation de nos données personnelles et sans spoliation massive des bibliothèques, des œuvres et des archives nʼexiste pas. Il y a de la violence, du racket et de la prédation dans cette infrastructure, et quiconque prétend le contraire soit ne comprend pas le fonctionnement de cette industrie soit est en train dʼessayer de vous vendre quelque chose.
Cette ossification de la critique est en soi parfaitement compréhensible. Elle dit une fatigue réelle, un écœurement légitime face aux promesses des militants du capital qui passent leur temps à grimer leur lubies et leurs intérêts en révolution. Mais cette ossification dit peut-être aussi quelque chose de moins glorieux : un abandon, une désertion du monde technique.
Et cet abandon est peut-être…
Auteur: dev

