La langue française nous autorise à « faire le deuil » d’une amitié, d’une relation amoureuse, d’un idéal, de la vie « d’avant »… Mais si importantes et marquantes que soient ces pertes métaphoriques, elles n’ont que peu en commun avec l’expérience du décès d’un être cher.
Le deuil déroute non seulement la personne qui le vit, mais aussi ceux qui l’entourent. Face au désarroi qui en résulte, la vigilance est de mise, car certains peuvent glisser vers des deuils « pathologiques ».
Mais il est également important de rester ouvert face à des comportements qui peuvent nous dérouter, et se garder de tout jugement hâtif, car certaines réactions face à la mort peuvent surprendre, sans toutefois être le signe d’un deuil problématique.
Le deuil, une expérience paradoxale
Tenter de décrire le deuil, c’est avant tout se confronter à un certain nombre de contradictions apparentes. En effet, le deuil est par nature paradoxal : il est à la fois universellement partagé par les humains (nous devrons tous, a priori, faire face un jour à la mort d’un proche), mais aussi porteur d’une dimension absolument subjective, intime et peut-être indicible. La conscience intellectuelle de notre propre finitude et de celle des autres ne se donne pas d’emblée, mais nécessite une certaine maturation cognitive et émotionnelle…
Il existe parfois un décalage entre les déclarations et l’accueil réel fait au deuil dans nos sociétés.
Tim Mossholder/Unsplash
Un autre paradoxe caractérise le deuil, sans cependant concerner sa nature elle-même : il s’agit de « l’accueil » qui lui est fait dans notre société occidentale. Certes, il existe un consensus sociétal concernant la vulnérabilité des personnes endeuillées. Néanmoins, on constate que leur souffrance n’est pas toujours entendue, voire qu’elle est parfois mise à distance, comme en ont par exemple témoigné les vifs débats qui ont accompagné la loi sur l’allongement des congés d’un salarié dans le cas du décès d’un enfant.
Il n’est pas anodin de remarquer que la langue française ne comporte pas de désignation spécifique pour nommer les enfants décédés en bas âge ou leurs parents endeuillés. Cette absence de qualification, dont découle une forme de non-reconnaissance de leur statut social, peut-être une source de…
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Auteur: Léonor Fasse, Psychologue clinicienne, maître de conférences en psychologie – Laboratoire de Psychopathologie et Processus de Santé, Université Paris Cité

