L’expression « Françafrique » évoque à la fois une époque révolue et un système qui, selon beaucoup, continue de hanter les relations entre la France et ses anciennes colonies africaines. Elle désigne un ensemble de réseaux politiques, économiques et militaires visant à maintenir l’influence française sur le continent. Le mot-valise a été repris par François-Xavier Verschave, dans son livre La Françafrique, le plus long scandale de la République (1998) pour caractériser le modèle néocolonial d’ingérence et de dépendance des anciennes colonies vis-à-vis de la France. Cette expression détourne le sens initial de France-Afrique, qui désignait à l’origine une coopération jugée privilégiée entre la France et ses anciennes colonies.
En tant que chercheur en études mémorielles, discours politiques et relations francoafricaines, j’analyse dans cet article comment le concept de Françafrique a façonné et structuré les perceptions actuelles entre la France et ses anciennes colonies.
Les origines du terme
Le mot « Françafrique » apparaît pour la première fois sous la plume de Jean Piot, rédacteur en chef de L’Aurore, qui voit dans la fusion entre la France et l’Afrique un des éléments de renouveau de l’Empire français. Par la suite, Félix Houphouët-Boigny, premier président de la Côte d’Ivoire indépendante, l’utilise positivement dès 1955 à l’aube des indépendances des États africains francophones, pour célébrer la continuité entre la France et l’Afrique : un partenariat fondé sur la langue, la culture et les intérêts économiques communs.
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Auteur: Christophe Premat, Professor, Canadian and Cultural Studies, Stockholm University
