Le « défilement anxiogène » décrit ce geste familier où l’on fait défiler, parfois pendant des heures, des flux de mauvaises nouvelles. Un « réflexe numérique » qui manifeste nos biais cognitifs et notre façon de gérer les incertitudes.
Apparu en 2018, le terme de « défilement anxiogène », ou « doomscrolling », en anglais, s’est imposé pendant la pandémie de Covid. Dans la littérature scientifique, il renvoie à une habitude numérique : consulter des fils d’actualité, souvent sur smartphone, de façon compulsive avec une focalisation sur les contenus inquiétants, déprimants ou négatifs.
Comment expliquer ce phénomène ? Tout d’abord, par le biais de négativité qui focalise notre attention d’humains sur les contenus néfastes et qui nous incite donc à faire défiler les informations anxiogènes sans percevoir le temps qui passe. Ensuite, sur le plan cognitif, par l’incertitude qui active un mécanisme émotionnel de recherche d’informations rassurantes parmi les contenus négatifs. Mais cette quête, loin de réduire l’anxiété, tend à la renforcer en entretenant la vigilance et le doute.
Cette pratique de défilement est renforcée, d’une part, par la technologie qui offre un flux d’actualités illimités et, d’autre part, par les recommandations des algorithmes qui augmentent notre exposition à des informations saillantes, souvent négatives.
Une transformation du rapport à l’information
À partir d’une échelle de mesure du défilement anxiogène, on a observé que cette habitude numérique est associée à une détresse psychologique, à une moindre satisfaction de vie et à des usages problématiques des réseaux – sans pour autant pouvoir conclure à un lien de causalité.
Les liens entre défilement anxiogène et émotions négatives pourraient s’expliquer en partie par l’intolérance à l’incertitude. Selon une étude, celle-ci prédit en effet une augmentation du…
Auteur: Marie Danet, Maîtresse de conférence en psychologie – HDR, Université de Lille
