Est-ce le judaïsme qui « fait » les Juifs ou les Juifs qui « inventent » le judaïsme ? Plutôt que de chercher une essence figée, David Lemler, dans L’invention du judaïsme, interroge la notion même de judaïsme au fil de ses ré-élaborations successives au cours de l’histoire. Ivan Segré propose de son ouvrage une recension critique.
Dans L’invention du judaïsme, David Lemler, maître de conférences à la Sorbonne, spécialiste de la philosophie juive médiévale, interroge la manière dont des penseurs juifs, tout au long d’une histoire près de deux fois millénaire, se sont attachés à ressaisir « l’essence du judaïsme », « geste récurrent » qu’il décrit ainsi : « ramener le tout de la ‘‘chose juive’’, de ce qui fait que les Juifs sont juifs, à un noyau fondamental et ramassé » (p. 16). D’emblée, il précise que le corpus étudié est celui que Jacob Neusner définit comme « le judaïsme des deux Torot » (p. 15), à savoir le « judaïsme rabbinique », fondé sur l’articulation de la Torah écrite à la Torah orale, mais aussi qu’il aborde la question en « philosophe » et non en historien ou en sociologue, son projet étant d’élucider les principales formes qu’a prises « l’essence du judaïsme » au cours d’une histoire des idées dont il distingue trois jalons : « Au sein du judaïsme rabbinique, je repère trois moments critiques de l’histoire des Juifs, répartis dans l’antiquité, le Moyen Âge et la modernité. Chaque moment propose une certaine formulation de la question et un certain type de réponse » (p. 16-17). L’enjeu est dès lors, plus encore que d’écrire une histoire conceptuelle du judaïsme, de « proposer un modèle à partir duquel les lecteurs pourront situer les textes juifs qui les occupe entre les deux pôles de la ‘‘réflexivité’’ et de la ‘‘facticité’’ » (p. 21). Le premier pôle « se traduit par un…
Auteur: dev

