Si vous lisez lundimatin, il n’a pas pu vous échapper que parmi la salve d’excellents livres que nous avons publiée en cette rentrée 2025, il y avait l’épatante traduction de La société réticulaire de Ian Alan Paul. Qu’est-ce qu’un répertoire ?, inédit en français, paraîtra comme addendum à l’édition américain du livre (eh oui, nous n’avons peut-être pas de pétrole mais nous publions plus vite que nos homologues états-uniens). Il s’agit d’une proposition éthique et stratégique, repartir du geste pour déchiffrer et défaire le monde.
Au sein du mouvement de l’histoire, se bouscule un immense tumulte de gestes. Des mains s’empressent de placer des composantes sur des circuits imprimés qui défilent sur les chaînes de montage, des bras s’étirent pour renverser les clôtures grillagées qui entourent les camps de détention. Un doigt glisse sur la surface d’un écran, un dos se courbe pour coucher un enfant dans son lit, un enchevêtrement de corps s’élance et brise les lignes de policiers qui tentent d’encercler une foule dans la rue. Parfois guidées ou contraintes, parfois conscientes et libres, nos vies sont faites de successions de gestes, de formes cherchant leurs contours dans le monde.
Au fil des siècles, notre compréhension du geste s’est réduite au point qu’il n’est considéré aujourd’hui que comme l’ensemble des mouvements expressifs et communicationnels du corps. Dans ce sens limité et appauvri, le geste est simplement compris comme une part du langage visuel, une image du mouvement destinée uniquement à être lue et interprétée. Ce rétrécissement de la signification du geste a accompagné de l’ascension historique des technologies de surveillance, de la politique représentative et de l’économie spectaculaire – le progrès historique de la compréhension de la vie comme image. Mais dans l’étymologie du geste, nous trouvons un concept beaucoup plus large qui…
Auteur: dev

