Il serait naïf de croire la France à l’abri du « scientoscepticisme ». L’enquête « L’image de la science » permet d’approcher ce phénomène. Si le niveau d’éducation ou de religiosité sont devenus moins déterminants pour expliquer ces attitudes, l’instrumentalisation politique des questions scientifiques sème le doute.
La science va mal. L’épisode de la pandémie a été l’occasion d’une mobilisation sans précédent contre les mesures de santé publique dans de nombreux pays, éclipsé depuis par les attaques de la seconde administration de Donald Trump contre les sciences du climat, les sciences sociales et l’université en général.
Si les ressorts des attitudes anti-scientifiques varient d’un pays à l’autre et dans le temps, il serait naïf de croire la France à l’abri du scientoscepticisme. Dès lors, se poser la question des fondements de ces positions chez les citoyens semble plus important que jamais.
En France, on dispose d’une enquête très originale, « L’image de la science », qui a été réalisée huit fois entre 1972 et 2021. Celle-ci permet de réaliser des états des lieux des sentiments antiscience et d’interroger l’évolution des déterminants de ces sentiments. Les données sont disponibles sur la banque de données du Centre de données socio-politiques (CDSP).
Les facteurs du scientoscepticisme
Dans les explications traditionnelles, la religion est souvent vue comme la principale rivale de la science, dans la mesure où elle revendique, comme la science, un accès à la vérité profonde des choses qui tolère mal la concurrence. L’éducation, au contraire, a toujours été vue comme la meilleure manière de dépasser les superstitions et donc de nombre d’attitudes anti-scientifiques.
Dans la période récente, on observe en outre une politisation croissante des questions scientifiques, comme l’a bien illustré la pandémie du coronavirus depuis 2020. Ainsi, un…
Auteur: Emiliano Grossman, Professeur en Science politique, directeur du CDSP, Sciences Po

