Qui veut la peau du gouverneur Caicedo ? — Maurice LEMOINE

Il s’appelait Esteban Mosquera. Vingt-six ans. Symbole des luttes sociales en Colombie. La brutale répression des manifestations étudiantes de 2018 par l’Escadron mobile anti-émeutes (Esmad) lui avait coûté un œil. Durant la longue mobilisation du « paro nacional », du 28 avril à fin juillet 2021 (70 morts), il demeura un acteur de premier rang de la contestation []. Le 23 août, Mosquera a été assassiné par des paramilitaires à Popayán.

La mort de Mosquera passerait presque inaperçue. Bien d’autres ont subi le même sort. Johan Bonilla Bermúdez, 26 ans, l’un des leaders des manifestants de la« Primera Línea » (la première ligne) à Cali en 2021.Jesús Gutiérrez, lui aussi meneur des contestataires et pilier du Conseil d’action communal d’El Plateado, à Argelia (Cauca), disparu le 21 août, retrouvé mort le 25. Carlos Londoño Bautista, professeur à Fuente de Oro, membre de l’Association des éducateurs du Meta. María Dorfenis López Cordón, du Syndicat des travailleurs indépendants agricoles, également dans le département du Meta. Blanca Rosa Monroy, ex-guérillera des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), signataire des Accords de paix de 2016, assassinée le 2 septembre à Pereira. Un an auparavant, exécuté le 20 octobre 2020, Gustavo Herrera, directeur de la campagne présidentielle du candidat d’opposition Gustavo Petro dans le département du Cauca…

D’après l’Institut d’études pour le développement et la paix (Indepaz), cent douze dirigeants communautaires et sociaux ont été assassinés entre le 1er janvier et le 24 août 2021 ; plus de 1 200, auxquels s’ajoutent 285 ex-guérilleros des FARC, depuis la signature des supposés « accords de paix » de 2016. Rien de très nouveau ni de particulièrement original dans ce constat. Depuis des lustres, ainsi devrait débuter tout article digne de ce nom consacré à la Colombie.

Pour se maintenir au pouvoir, le gouvernement du président Iván Duque mène une guerre ouverte contre le mouvement populaire. Les explosions sociales de 2018 et 2021 ont érodé sa domination. Portée par le désespoir ou la révolte, surgie des quartiers populaires et des universités, une génération de jeunes rebelles a pris la rue au cri de « Uribe, paraco, el pueblo está berraco ! » (« Uribe, paramilitaire, le peuple est furibond ! »). Dans la perspective des élections législatives (13 mars) et surtout présidentielle (29 mai) de 2022, l’ « uribisme » (du nom de l’ancien président Álvaro Uribe,…

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Auteur: Maurice LEMOINE Le grand soir

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