« Mais qu’est-ce qu’il a, le corps des femmes, pour qu’on ne lui foute jamais la paix ? » Ainsi s’interroge la chanteuse Mathilde dans sa chanson « Le Corps des femmes », issue de son dernier album, La Nuit·Le Jour. Et de poursuivre : « Le corps des femmes porte leurs âmes, porte la vie, porte leurs drames. Le corps des femmes, leur seule maison. Toujours saccagée sans raison. Je veux savoir, savoir pourquoi. C’est toujours les femmes que l’on broie. Et pourquoi toi, tout feu, tout flamme. Tu asservis le corps des femmes. »
À l’heure de boucler ce hors-série, 50 ans après la loi Veil, c’est évidemment à cette jeune Iranienne marchant en sous-vêtements devant son université que l’on pense. Elle est devenue le nouveau symbole de la liberté des femmes à disposer d’elles-mêmes. Elle en a payé le prix. De son corps sévèrement battu. Un corps désormais sous verrous. Les appels à sa libération sont pléthoriques à travers le monde. Tant mieux. Mais c’est un monde en plein basculement auquel nous assistons. Souvent impuissants. Parfois, indifférents.
Les droits d’hier sont menacés. Et de nouveaux droits sont à conquérir.
Partout, de l’Afghanistan aux États-Unis en passant par l’Argentine ou l’Iran, les droits des femmes sont remis en cause. L’Europe n’y échappe pas. Des courants néoréacs et traditionalistes – à l’instar des « tradwives » qui prolifèrent et invitent les femmes à revenir au foyer pour gérer la vie domestique – aux mouvements « pro-life » et anti-avortement, de la criminalisation des travailleuses du sexe à l’injonction à la maternité en passant par l’inégal accès aux soins, à la connaissance et à la maîtrise des pathologies féminines – sans parler du juteux business de la ménopause –, les sujets de contrôle du corps des femmes ne manquent pas. Il faut ne jamais rien considérer comme…
Auteur: Pierre Jacquemain

