Racha Mousdikoudine est écrivaine et fondatrice-présidente de l’association Mayotte a soif.
Reporterre — Les élections européennes du 9 juin, à Mayotte, ont abouti à un taux très élevé d’abstention (80,04 % des inscrits) et au leadership du Rassemblement national (52,4 %, contre 13,3 % pour les Républicains). Comment l’expliquez-vous ?
Racha Mousdikoudine — À Mayotte, nous vivons une grave crise de l’eau depuis 2016, qui s’est amorcée en 1988. Selon notre situation géographique, nous sommes privés d’eau régulièrement entre deux heures et deux jours, malgré des températures de 30 °C en moyenne. L’eau est toujours aussi peu potable, car les retenues collinaires n’ont pas été vidangées, et l’état déplorable de notre réseau de distribution favorise l’arrivée de la boue et autres déchets dans nos robinets.
En bouteille, l’eau se paie environ 0,80 centime le litre, ce qui, en respectant les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) — 100 litres d’eau par jour et par personne —, équivaut à peu près à 1 300 euros par mois, sans compter les surfacturations. Parallèlement, les cas de choléra se multiplient ; un enfant de 3 ans est décédé le 8 mai.
Mayotte : l’épidémie de choléra aurait probablement pu être évitée si certains bidonvilles avaient bénéficié d’une eau saine. Mais le sujet se heurte au manque d’action des pouvoirs publics, confrontés à de vives mobilisations anti-migrants #AFP
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— Agence France-Presse (@afpfr) June 8, 2024
Depuis mai, nous sommes entrés dans la saison sèche, avec des nappes phréatiques non remplies, sans planification pour assurer un ravitaillement de l’eau suffisant. Certaines personnes ont décidé de quitter définitivement l’île ; d’autres prennent souvent des congés à l’extérieur du territoire pour souffler.
Pourtant, beaucoup continuent de penser…
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Auteur: Catherine Marin

