Dans la tête d’honnêtes gens de gauche peu enclins à la réflexion, le sort fait aux Arabes et aux Noir·es, cibles du racisme bon teint du sommet de l’État mais aussi au sein d’institutions au-dessus de tout soupçon comme l’Université, est réduit à une question mineure. Tout juste un épiphénomène fâcheux qui finira par s’épuiser à force d’éducation à la citoyenneté et de rares condamnations laxistes.
Faut-il s’en émouvoir ? Il pourrait être trop tard. En France, le fascisme ne fait pas que puer de la gueule, il est aussi instagrammable. Il arrive même que les très sachants à gauche prétendent nous expliquer que c’est un abus de langage d’user du terme fascisme. Imaginer conjurer le sort en interdisant l’usage de ce qui désigne notre état présent, c’est le dernier subterfuge des bien-pensants.
Si le fascisme prospère aujourd’hui, c’est que ses adversaires supposés naturels, à gauche mais pas que, ont laissé les digues sauter sans mesurer que leur passivité servait les haineux·ses débridé·es. Cette faute politique révèle leur tolérance à l’égard du racisme, leur tentation d’y céder, leur propension à s’y adonner sans avoir l’air d’y toucher.
Le demi-siècle passé à forger et poursuivre l’ennemi idéal en lui donnant les traits des Arabes, des Noir·es, des musulman·es a permis de détourner le regard des violences sexistes et sexuelles qui prospèrent. Pendant que tout un monde occidental s’affairait à combattre le terrorisme qu’il s’est inventé pour maintenir son hégémonie, le silence a profité à tous les prédateurs de ce même monde, de toutes classes sociales, unis dans une même volonté d’appropriation de tous les corps qu’ils convoitent. Le racisme débridé, l’islamophobie érigée en politique d’État ont servi de blanc-seing aux suppôts, ordinaires ou puissants, d’un patriarcat qui ne veut rien céder. Trop…
Auteur: Nacira Guénif

