Paris, reportage
Des photos de coiffures afro côtoient des feuilles de papier cartonné : « Grève illimitée », « occupation ». La façade du 65, boulevard de Strasbourg renvoie la lumière de l’intérieur dans la nuit. Sur la vitrine, un compteur manuscrit : quatorze jours. Nous sommes le lundi 16 mars. Depuis le 3 mars, neuf coiffeuses et esthéticiennes du Sabadou & Jade Institut et quatre coiffeurs occupent ce salon du quartier Château-d’Eau, dans le Xe arrondissement de Paris.
À l’intérieur, le salon vibre d’une rumeur joyeuse. Les sèche-cheveux sont au chômage technique, échoués sur le flanc, le fil pendant. Les flacons de vernis à ongles, de toutes les couleurs, commencent à prendre la poussière.
Sept femmes sont assises dans les fauteuils habituellement réservés aux clientes, chasuble CGT sur les épaules, et une bouteille de Champomy circule de main en main — c’est l’anniversaire de Christine Kermoal, de l’union locale CGT du Xe arrondissement, qui les accompagne. En hauteur, les têtes à coiffer font face au mur. « On peut dire qu’elles aussi, elles font la grève ! », s’amuse Cécile, l’une des grévistes, coiffeuse.
Toutes sont originaires d’Afrique subsaharienne. La plupart sont sans-papiers. Elles exigent le versement de leurs salaires, impayés depuis six mois, ainsi que des fiches de paie en bonne et due forme — indispensables pour constituer leurs dossiers de régularisation. Ce qu’elles décrivent, au fil des témoignages, c’est une exploitation méthodique : des journées de treize heures, des congés inexistants, un racket organisé autour de leur vulnérabilité administrative, et, chaque jour, une exposition à des produits chimiques dont elles ignoraient tout des risques.
Des promesses en l’air
Les miroirs rendent la pièce plus grande qu’elle ne l’est vraiment. Ils multiplient les visages, les pancartes, les chasubles CGT. Sur les cartons suspendus,…
Auteur: Alexandre-Reza Kokabi

