Le 2 Juillet 2024, entre les deux tours des élections législatives provoquées par la dissolution de l’assemblée nationale, est dévoilé sur YouTube un clip de rap titré « No Pasarán » et conçu comme un appel à refuser l’extrême-droite. S’il réunit une vingtaine d’artistes de diverses générations et de différents niveaux de popularité, d’un strict point de vue musical et textuel, ce morceau n’est pas le plus réussi de l’année. Il a cependant pour lui son étonnant éclectisme et, surtout, il parvient à ressusciter une vérité d’évidence pour de nombreuses personnes qui, comme moi, ont été adolescents et ont commencé à manifester dans les années 2000 : nous n’avons besoin d’aucun argument pour haïr l’extrême-droite.
C’est Kerchak qui l’exprime le mieux : « Je suis pas les politiciens genre, je fais pas trop le Mandela, mais tout ce que je sais, c’est qu’on vote pas Marine et baise la mère à Bardella ». Ou encore Zed : « Je comprends rien aux histoires, de toutes ces élections, mais je sais que l’extrême droite se sert de ma déconnexion, donc anti RN ». Ces jeunes rappeurs ne revendiquent pas une conscience politique supérieure ni ne viennent signaler leur vertu, mais affirment l’évidence de leur hostilité aux fafs et leur droit d’insulter les fascistes. C’est l’état d’esprit de quantité de jeunes noirs et arabes. Il est louable à l’heure où de nombreux partis traditionnels croient indispensable de caresser dans le sens du poil un électorat débilisé par son propre racisme dans le chimérique espoir de le rapatrier vers le centre. En cette décennie, la détestation sans condition des fascistes est un bien plus rare, et donc plus précieux, que l’érudition politique.
Il y a certainement à redire quant à l’instru, les flows, l’écriture. Cependant, la vague d’attaques considérable suscitée par la chanson n’est pas venue de critiques musicaux,…
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Auteur: dev

