Le 4 juin dernier, le World Inequality Lab (WIL) a lancé le « Global Justice Project », un programme destiné à « stimuler la recherche, l’élaboration des politiques et l’engagement citoyen afin de façonner un 21ème siècle plus juste, plus démocratique et plus durable ». Pour l’heure, il prend la forme d’un rapport, A Plan for Equality & Prosperity Within Planetary Boundaries, qui prolonge sept working papers du WIL – près de 970 pages de travail scientifique. L’effort est colossal. Comme le résume l’un des co-auteurs de l’étude, l’économiste Lucas Chancel, spécialiste des inégalités (Insoutenables inégalités, 2021) et de l’énergie (Énergie et inégalités, 2025) : « 24 mois de travail, 45 chercheurs venus du monde entier, combinant les connaissances issues de l’économie, de l’histoire et des sciences du climat ». À l’échelle de l’histoire de la macroéconomie, c’est l’équivalent d’une pyramide.
Des médias dépassés et des critiques fatiguées
Vu l’ampleur du travail, on aurait pu s’attendre à un retentissement majeur. Malheureusement, non. Le compte est vite fait : quelques articles dans Le Monde, Médiapart, Le Nouvel Obs, et Le Un Hebdo, un passage de Piketty et Chancel sur France Inter, Thomas Piketty dans C à vous, et Lucas Chancel en débat avec Christian de Boissieu sur TV5Monde. C’est mieux que rien, et c’est déjà exceptionnel pour un travail académique (le traitement médiatique à l’international a été plus positif, surtout dans les pays du Sud). Et pourtant, ces présentations ne font qu’effleurer l’immense richesse de ce travail, comme si l’on ne diffusait que les premières minutes d’un film de plusieurs heures.
Quant aux critiques, elles ne volent pas haut. Jamais plus de quelques paragraphes, sans jamais rentrer dans le détail. Les usual suspects de la critique à l’arraché n’ont pas raté l’occasion de leur…
Auteur: Timothée Parrique

