Ré-écrire l’histoire : comment le pouvoir en Inde cherche à diffuser une vision exclusivement hindoue de son passé

Depuis son arrivée au poste de premier ministre en 2014, Narendra Modi, qui sera cette année l’invité d’honneur du défilé du 14 Juillet à Paris, instrumentalise souvent la religion en présentant l’Inde comme un « hindu rashtra », un pays hindou. La grande historienne indienne Romila Thapar estime à cet égard que, « en Inde, les nationalistes hindous réécrivent l’histoire pour légitimer la primauté des hindous ».

Si l’instrumentalisation de l’histoire n’est pas l’apanage des Indiens – elle a largement contribué à la naissance et au développement du nationalisme en Europe –, elle alimente aujourd’hui un projet idéologique d’unification culturelle du pays.

Une vision coloniale de l’Inde revisitée

Aux origines des débats actuels, on trouve souvent l’interprétation biaisée produite dès le début de l’époque coloniale, au XIXe siècle : pour les colons britanniques, l’Inde, alors divisée en de nombreux royaumes et principautés, est « sans histoire ». Dans un univers culturel nourri d’une riche littérature plurilingue, il n’existait en effet pas de genre historiographique comparable aux chroniques européennes ou chinoises en la matière. Les Européens en déduisent que les Indiens, préoccupés par les approches spirituelles, ne s’intéresseraient pas à l’histoire.

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Le corollaire de cette attitude supposée est sans appel : l’Inde serait condamnée à l’immobilisme, enfermée dans des traditions sclérosantes et à la merci de despotes indifférents aux besoins de leur peuple. C’est une justification toute trouvée de la colonisation : celle-ci allait permettre d’arracher les Indiens à leur passivité, pour les faire « entrer dans l’Histoire ».

Ceux qui s’engagent dans la lutte anti-coloniale estiment donc…

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Auteur: Anne Viguier, Directrice du département Asie du Sud et Himalaya, Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco)

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