Réalité – Préparation/réparation

Il y a des moments où l’on attend particulièrement des films qu’ils nous rendent quelque chose, qu’ils nous donnent des indications sur la grammaire des affects et des gestes en cours entre les gens, dans la vie, politiquement. En fait, on attend plus : qu’ils portent, poussent, dépassent, voire transgressent et compliquent la vie des luttes, si nécessaire, à armes égales.

Il y a des moments, parce que justement les affects et les gestes sont restés sans réponse dans la vie, suspendus à des tentatives sans cesse réprimées et de plus en plus violemment par l’extension de la guerre dans les rapports entre les États et les populations, où l’on se met à attendre du cinéma un courage ou une complexité dont il n’a pas forcément les moyens – et qui reviendra à chacun.e, à la fin. Une situation se créée entre ce que je peux faire de moi-même politiquement et ce que je fais d’un film – soumis, qu’il est, que chaque film est au langage du cinéma, et aux moyens qu’on remet à celui-ci de donner forme à une séquence politique.

Que peut apporter le cinéma à la lutte et à l’histoire des luttes ? Comment contribuent-ils l’un à l’autre à leur invention réciproque ? Ce sont les questions que l’on s’est posé à nouveau ces derniers jours en regardant certains films à l’occasion du Festival du Réel à Paris.

« Réalité ! » : c’est le mot que crie le cinéaste Harun Farocki et ses amis venus perturber, avec quelques autres groupes, le festival d’art expérimental EXPRMNTL4, à Knokke-le-Zoute, en 1967. Le film de Claudia Von Alemann (45’) raconte comment on passe d’un protocole d’expérience à un autre, comment on dérive jusqu’à l’abandon total de soi – et comment on s’en démarque. C’est un festival où l’expérimentation est la règle, où la performance est programmée, et où l’intervention politique devra donc faire une proposition au carré, au cube, une…

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Auteur: dev