Réarmer ou l’idéologie de la guerre de tous contre tous

Dans un essai paru en 1947, intitulé LTI, la langue du Troisième Reich, le philologue Victor Klemperer analysait la manipulation du langage par le régime nazi à travers les mots utilisés par la propagande du Reich et la façon dont ils contaminaient, sans crier gare, les esprits.

L’introduction ces dernières semaines du mot de réarmement, après celui de bouclier « qui nous manquait », utilisé par le président de la République pour justifier la nécessité de la loi sur l’immigration, relève de cette logique de manipulation de la parole publique cherchant à capter les pulsions sécuritaires et « virilistes » d’une partie de l’opinion publique. Formule suffisamment souple pour se décliner du réarmement civique, avec la généralisation du Service national universel (SNU) et de l’uniforme dans les établissements scolaires, au réarmement des armées, avec la loi de programmation militaire fixant le montant des dépenses militaires à 413 milliards d’euros pour la période 2024-2030 (soit une augmentation de 30 % par rapport à la période précédente), en passant par le réarmement industriel ou le réarmement démographique, censé permettre une « France plus forte » à travers de la relance de la natalité (implicitement faire des enfants pour la patrie).

Un verbiage inquiétant

De glissement sémantique en glissement sémantique, le gouvernement semble avoir perdu toute boussole…

Tout ce verbiage, au plus haut sommet de l’État, est inquiétant dans la mesure où il nous rappelle les heures sombres de l’Europe quand le « réarmement moral » était invoqué pour faire face à la crise économique et politique des années 1930. S’agit-il de préparer nos enfants à la guerre ou de rebâtir une société d’ordre rythmée par un ensemble de rites censé redonner vie à la France d’antan, celle des hussards de la République et de la Terre qui ne ment pas ?

Ou…

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Auteur: Alain Coulombel