Prendre davantage en compte les mécanismes sociaux et, en particulier le genre, dans la recherche biomédicale permettrait d’éviter des biais méthodologiques et interprétatifs et ainsi de mieux appréhender les enjeux actuels de santé, explique Colineaux H (Université de Toulouse III – Paul Sabatier, Inserm) dans Déconstruire les différences de sexe/Le sexe biologique et le genre à l’épreuve de la méthode scientifique aux éditions Double ponctuation.
Même si le champ du « genre en biologie/santé » a rapidement évolué ces dernières années, il me semble que les questions liées au genre et les questions liées à la biologie sont encore très cloisonnées disciplinairement. À quelques exceptions près, les sciences humaines et sociales se sont saisies du « genre » sans tellement s’approcher des questions de la dimorphie sexuelle (qui désigne le fait que les mâles et femelles d’une espèce sexuée se distinguent, en moyenne, morphologiquement et physiologiquement), de la physiologie reproductive, etc.
Et la recherche biomédicale pour sa part n’articule que très rarement ses objets avec les phénomènes sociaux, tels que le genre. Ce travail prend justement son point de départ dans les pratiques de la recherche biomédicale, et dans les biais méthodologiques et interprétatifs que peuvent produire la non-prise en compte des facteurs et mécanismes sociaux. C’est donc de ce point de vue que je l’aborde.
Des différences biologiques, mais aussi des mécanismes sociaux
Dans la littérature biomédicale, on peut constater que les différences biologiques observées entre les catégories de sexe ont été fréquemment expliquées par des mécanismes eux-mêmes biologiques, sans réelle base scientifique.
Par exemple, si la distribution du taux d’une protéine sanguine X montre un taux en moyenne plus élevé chez les femmes par rapport aux hommes, cette différence est souvent expliquée en premier lieu par…
Auteur: Colineaux H, Post-doctorant en epidemiologie sociale, Medecin de sante publique, Methodologiste, Université de Toulouse III – Paul Sabatier, Inserm

