Recherche et responsabilité

Le 2 avril 2026, dans quelques jours aura lieu une nouvelle audience, nouvelle étape de la vingt-huitième année de harcèlement judiciaire subie par la sociologue et militante Pinar Selek. Accusée de terrorisme après une explosion mortelle au marché aux épices d’Istanbul en 1998, acquittée à quatre reprises, elle est à nouveau renvoyée devant les juges, sans motivation, alors qu’une demande de mandat d’arrêt et d’extradition à son encontre est réitérée. L’origine de cette répression ? Une recherche sociologique. Une simple recherche sociologique ? Pinar Selek revient dans son dernière livre paru aux Presses de l’Université Paris Cité sur l’histoire de cette recherche, qui est beaucoup plus que de la sociologie, mais aussi, justement, de la sociologie qui, par conséquent, prend pour objet, problématise, enquête sur ce qu’il ne fallait ni voir ni nommer ni comprendre : les mobilisations kurdes. Voici, en guise de soutien sans failles à Pinar Selek, un extrait de ce livre.


Depuis quelques mois, je vis une expérience renversante, poignante. Elle n’est ni amoureuse ni amicale… Je sens des choses qui se cassent, qui saignent énormément, qui crient à l’intérieur de moi, mais sans être pour autant une expérience corporelle. N’attendez pas un roman policier ou un conte de fées : j’ai ouvert les pages de ma recherche disparue. Sans l’avoir retrouvée. Je ne l’ai jamais retrouvée.

Je parle de ma recherche sociologique sur le mouvement kurde. La recherche dont on m’a dépossédée, qu’on m’a arrachée et qui a disparu. J’ai découvert le plus tragique de cette histoire : son effacement de ma mémoire. Jusqu’à maintenant, je raconte dans les médias qu’en juillet 1998, les matériaux de ma recherche sont devenus l’objet d’un délit politique : pour avoir prétendument porté atteinte à la nation, ils ont été confisqués par la police turque.

Tout a commencé en 1995. J’avais…

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