Récit de la libération d'un prisonnier kurde après 30 ans d'enfermement

On ne peut certainement pas s’imaginer ce que cela fait et signifie que de sortir de prison après trente années d’enfermement dans des conditions extrêmes. Dans ce récit bouleversant Loez, auteur de Nous sommes le cri d’un peuple (éditions Ici-bas) raconte les premières heures et journées de liberté d’un militant kurde emprisonné pendant trois décennies. Les retrouvailles avec les amis et la famille, celles et ceux qui ne sont plus là pour l’accueillir, la terre, le village, la lutte…

Ça aurait pu être un pique-nique, dans cette station balnéaire de la côte méditerranéenne turque où des milliers de touristes viennent chaque été passer une semaine de vacances all inclusive. Quelques chaises pliables ont été installées à l’ombre généreuse d’un arbre ; au sol, des sacs plastiques remplis de bouteilles d’eau, avec de la glace pour les maintenir fraîches, et des snacks à grignoter. Mais face à nous, ni paysage bucolique ni mer paisible ; à la place, un grillage surmonté de barbelés auquel est accroché un panneau rouge rappelant l’interdiction de photographier. Derrière les vitres blindées de leur guérite, les gendarmes chargés de protéger l’entrée de la prison de haute sécurité nous observent. Tout autour, les détritus répandus dans l’herbe grillée sont autant de traces des attentes passées. L’air est pesant, chaud et humide.

Un militant kurde doit être libéré. Cela fait 30 ans jour pour jour qu’il a été condamné à 36 ans de réclusion par une cour de sûreté de l’État turc. Il avait 22 ans. Après des affrontements, il s’était retrouvé séparé de son groupe de combattants du PKK. Isolé, après avoir marché pendant dix jours sans manger pour retrouver ses camarades, à bout de forces, il s’était mis en quête de provisions dans un village, prétendant être berger. C’est alors qu’un paysan l’a dénoncé et qu’il s’est fait capturé. Après être passé…

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Auteur: dev