Reconnaissance de la Palestine : une décision forte mais qui risque de n’être qu’un geste sans lendemain

Il n’est jamais facile, quand on a les yeux collés sur l’événement, d’en bien saisir la portée. L’annonce du président de la République de reconnaître un État palestinien en septembre, à l’occasion de la prochaine Assemblée générale des Nations unies, doit être prise pour ce qu’elle est : une décision isolée mais importante, parce qu’elle est symboliquement forte et offre l’opportunité de rouvrir une séquence diplomatique qui semblait inaccessible il y a peu.

Avec une telle initiative, Emmanuel Macron ne marche pas seulement dans les pas de ses prédécesseurs, qui ont tous défendu une solution où les deux peuples vivraient côte à côte en paix et en sécurité. Il entend sauver ce qui peut encore l’être d’un futur État palestinien, au moment où Israël accélère la colonisation de la Cisjordanie et ne cesse d’accroître sa pression sur Gaza. Ce faisant, il dessine aussi une autre piste de sortie de crise que celle défendue par les États-Unis, alors que les pourparlers qu’ils mènent à Doha sont dans une impasse.

Cette annonce apparaît également indispensable au vu de la situation dramatique dans la bande de Gaza. Sur ce plan, l’inaction n’est plus une option, toute initiative permettant de desserrer l’étreinte doit être encouragée. Mais cette promesse d’Emmanuel Macron peut aussi ne devenir qu’un geste dérisoire s’il demeure sans lendemain. Or, rien n’indique à ce stade que d’autres pays européens aient l’intention de s’engager sur la même voie, comme il paraît peu probable que de nouvelles nations arabes reconnaissent prochainement le droit à l’existence d’Israël. Le chemin paraît donc encore bien long avant que n’émerge une solution politique permettant à chaque peuple d’exercer sa souveraineté. Mais, aussi petit soit-il, chaque pas qui permet d’avancer vers la paix mérite considération.

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Auteur: Séverin Husson