Le 10 avril est une date sombre dans l’histoire de ce pays. Ses citoyens ont choisi d’opposer un technocapitaliste autoritaire et une préfasciste néolibérale. Quant au représentant de l’écologie et de la justice, il reste aux portes du débat final. La bourgeoisie vieillissante de ce pays se fiche de l’avenir, du climat, de la justice : elle ne pense qu’à son confort et à ses rentes, alors que les jeunes ont voté le plus pour La France insoumise (LFI).
Sortons de France. Ce résultat désastreux est un symptôme de la déréliction d’un monde qui ne veut pas changer. Après les incendies et inondations catastrophiques aux quatre coins du monde, après une pandémie, après le retour de la guerre en Europe, la montée des politiciens autoritaires se poursuit : quelques jours avant le sinistre résultat français, la Hongrie et la Serbie reconduisaient leurs présidents « illibéraux ». Tout se passe comme si la course à l’abîme était inarrêtable. Mais rien ne serait plus néfaste que de s’abandonner au fatalisme. Loin des radars européens, le mouvement de fond en Amérique latine, avec la victoire d’une jeune gauche au Chili, et les signaux encourageants en Colombie et au Brésil attestent que l’aube d’une nouvelle politique commence à se lever. Et la résistance héroïque du peuple ukrainien montre que la force n’a pas toujours le dernier mot.
Revenons ici. Et voyons les signes positifs du 10 avril. Même si elle a échoué, la gauche a reconstitué un bloc solide, appuyé sur un programme, des militants, de l’enthousiasme, et le goût de la victoire à portée de main : c’est La France insoumise, dont le succès vient de ce qu’elle a articulé les préoccupations écologique et de justice. Elle a débarrassé du jeu un Parti socialiste honni, dont les trahisons multiples ont conduit la droite macronienne au pouvoir. Reste Europe Écologie-Les Verts (EELV) : son affligeant résultat exprime son incapacité à assumer la radicalité que porte l’alerte écologique. Quant au Parti communiste, nucléariste et soutenu par la presse de droite, il porte la lourde responsabilité, en ayant refusé l’alliance logique avec La France insoumise, d’avoir sans doute privé la France d’un vrai duel droite-gauche.
S’unir pour les législatives… et pour les luttes
Tout ceci peut être porteur de renouveau si les principaux acteurs du jeu ont l’intelligence de coopérer, voire de s’allier. De mettre en avant leurs convergences, et de dialoguer posément sur leurs désaccords. Les…
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Auteur: Hervé Kempf Reporterre

