« Je crois que c’est une victoire comparable à la lutte partisane ou à l’étroite victoire du référendum en faveur de la République contre la monarchie en 1946. » On excusera volontiers Giovanni Bachelet[1], l’un des visages de la campagne victorieuse du « non » lors du récent référendum italien sur la réforme de la justice, d’en avoir exagéré la portée. Là où ces combats d’autrefois ont jeté les bases de la Constitution italienne moderne, ce scrutin s’est borné à préserver le texte existant.
Mais les propos de Giovanni Bachelet – critique de longue date des offensives de Silvio Berlusconi contre l’institution judiciaire – mettaient aussi le doigt sur l’un des ressorts essentiels de ce résultat. Comme l’ont montré d’autres référendums avant lui, la majorité des Italiens supporte mal qu’un gouvernement mette à profit un mandat électoral éphémère pour retoucher le texte fondateur de la République.
L’issue demeurait difficile à prévoir. Il y a encore quelques mois, les sondages donnaient nettement en tête le camp du « oui » soutenu par Giorgia Meloni. Son gouvernement proposait de séparer les carrières des juges et des procureurs — interdisant ainsi qu’une même personne exerce successivement les deux fonctions — tout en instituant des organes de contrôle composés par tirage au sort plutôt que par élection.
Sans relever à proprement parler d’un coup de force, cette réforme visait néanmoins à museler l’expression politique de la magistrature, c’est-à-dire à neutraliser ce que les dirigeants de droite, depuis Berlusconi, perçoivent comme un corps gênant. Elle permettait aussi d’accomplir un vieux rêve du parti postfasciste de Meloni : prendre part à la (re)définition d’une Constitution initialement rédigée par les partis issus de la Résistance. Les ancêtres d’après-guerre de son parti défendaient déjà le tirage au sort contre ce qu’ils…
Auteur: romain romain

