Réforme de l’assurance-chômage : « Ça va détruire nos vies »

« Ce matin, la conseillère Pôle emploi m’a demandé : ‘Quel est votre projet ?’ Moi, j’ai été terre à terre, j’ai dit que mon projet, c’était de manger. Trouver un travail stable et régulier, et pouvoir manger. » D’un ton doux et assuré, Karl* raconte vingt ans de précarité. Après une carrière dans l’industrie musicale, il a pointé dans une radio, à la télé, trimé dans l’immobilier, tiré des photographies scolaires ou la trombine de touristes devant le Louvre, a postulé comme opérateur de hot-line téléphonique, gardien de parking, agent de sécurité ou encore homme à tout faire pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris cet été. Passé « en mode survie », il répond mécaniquement à des offres adressées par « des sites comme LinkedIn, qui se font de l’argent en ramenant des candidats à des postes pour lesquels on n’a aucune chance ».

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Tous les prénoms des demandeurs d’emploi ont été changés, à leur demande.

Pas le choix. Karl émarge souvent à 400 euros ou 500 euros par mois, pour le même montant de charges fixes, comme photographe free-lance au service d’agences immobilières. « On est plusieurs sur le coup. On reçoit un SMS avec une proposition, et si on ne l’accepte pas dans les 30 secondes, c’est pris par un autre. » À 25 euros net le shooting, souvent à plusieurs heures de chez lui, en banlieue parisienne. « Si j’ai faim et que je m’arrête dans un McDo, ou que j’ai envie d’aller aux toilettes et paye un café, il n’en reste pas grand-chose, de ces 25 euros. Et puis, il faut payer le transport. » Pris dans une spirale entre RSA et emploi instable, il s’inquiète : « Je vais devoir travailler jusqu’à 67 ans, mais comment faire si…

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Auteur: Léna Coulon