La réforme du brevet est censée contribuer à un « choc des savoirs ». Mais rendre l’examen obligatoire pour accéder aux filières générales du lycée, ne risque-t-il pas de renforcer la compétition scolaire, mettant les apprentissages au second plan ?
Jusqu’à aujourd’hui, le brevet des collèges n’a jamais conditionné l’orientation des élèves en fin de troisième. Loin de « ne servir à rien », cet événement célèbre la fin de la scolarité obligatoire et le passage au lycée. Le brevet recèle ainsi une forte dimension culturelle en France, en étant le premier examen vécu par une très grande majorité d’élèves et réussi par près de 85 % d’entre eux ces dernières années.
Avec la réforme en cours, le brevet deviendra obligatoire pour accéder au lycée, à partir de 2027. Même si l’examen actuel est loin d’être parfait, ce projet d’évolution met de côté la question des savoirs. Si, depuis plusieurs années, l’obtention du brevet correspond pour partie à une validation du socle commun de compétences, il est déjà difficile pour les élèves, leurs parents et même les enseignants d’expliciter clairement les savoirs en jeu et de comprendre précisément pourquoi on a réussi ou échoué. Or, la réforme semble renforcer ces constats en détournant encore plus l’attention vers la performance et les notes au détriment de ce qu’il y a à apprendre.
Au lieu de questionner les causes de l’échec, les inégalités de réussite bien connues ou encore l’adéquation entre les projets des élèves et les décisions d’orientation, le nouvel examen sanctionnera ceux qui échoueront, et s’appuiera uniquement sur les notes des élèves (obtenues à l’examen et en classe de Troisième), ce qui est loin d’être anodin. Cette orientation reflète et renforce la logique profondément compétitive et sélective de notre école, bien que cela ne soit jamais annoncé comme tel.
Le brevet,…
Auteur: Lucie Mougenot, Professeure des Universités en sciences de l’éducation, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

