Paris, reportage
« Ba ba ba ba ba ba ! » Les lèvres de Juan Pablo Gutierrez claquent, reproduisant le bruit des balles. Seize, exactement, ont troué la carcasse brune de sa Volkswagen Amarok un soir d’automne en 2015. Avec sa mémoire quasi photographique, cet activiste décolonial rejoue la scène de sa deuxième tentative d’assassinat. Assis à la terrasse d’un café, le long du bassin de la Villette à Paris, tout en lui tremble d’indignation, replongeant dans l’horreur de ces quelques secondes au bord du précipice.
Cette nuit-là, une brume épaisse enveloppait la cordillère Orientale. Alors qu’il empruntait une route sinueuse pour rentrer chez lui à la périphérie de Bogotá, deux motards surgirent dans son rétroviseur. L’un le dépassa par la droite, l’autre par la gauche. Un pistolet apparut. « Putain, c’est donc le moment où ils vont me tuer », se dit-il. Il mime le volant, recréant son réflexe d’alors : se baisser et freiner brusquement. Il pousse un cri strident, imitant celui des pneus qui crissent et d’un moteur qui hurle. Puis, ce fut la rafale de balles. Il perdit brièvement le contrôle du véhicule. « J’ai heurté quelque chose : les motos ? Les motards ? Je ne le saurai jamais. » Il accéléra jusqu’au commissariat le plus proche. Sans se retourner.
Cette tentative d’assassinat n’est que l’une des nombreuses menaces qui ont visé ce militant pour le vivant, qui s’est notamment opposé aux ravages des mines de charbon en Colombie. Aujourd’hui réfugié en France, il est entre autres assistant parlementaire de l’eurodéputée allemande Carola Rackete. Quelques jours après notre rencontre, il retournait — pour un temps et sous bonne garde — dans son pays natal pour la COP16 biodiversité.
Il a échappé aux semeurs de mort. Mais une balle de plus, et son nom aurait rejoint la longue liste des militants assassinés en Colombie, le pays le plus dangereux au monde pour celles et…
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Auteur: Alexandre-Reza Kokabi

