Réimaginer des horizons politiques en Israël/Palestine

Aux heures les plus sombres, tentons d’écouter les rossignols qui chantent encore, qu’on les dénomme balâbil (en arabe) ou zmirim (en hébreu). Alors que les massacres et les bombardements engendrent leurs cortèges de morts, de souffrances, de haines et d’appels à la vengeance dans l’espace israélo-palestinien et au-delà, il est indispensable de poser – une énième fois – la question du règlement politique d’un conflit dont les racines remontent à la fin du XIXe siècle.

Le mantra de la « solution à deux États »

Durant ces trente dernières années, la « solution à deux États » s’est transformée d’un dispositif politique contesté mais envisageable au moment de la signature des accords d’Oslo (1993) à un outil rhétorique déconnecté des réalités de terrain, qui ne cesse pourtant d’être réitéré comme un leitmotiv par les acteurs de la diplomatie internationale. Mais de quelle solution à deux États parle-t-on ?

Comme l’affirmait l’intellectuel palestinien Sari Nusseibeh en 2013 – et comme l’ont affirmé bien d’autres avant et après lui –, la création de deux États selon les frontières « de 1967 » (lignes du cessez-le-feu qui, à l’issue de la guerre israélo-arabe de 1948-1949, dessinèrent les contours de la Cisjordanie annexée par la Jordanie et de la bande de Gaza contrôlée par l’Égypte) n’est plus une option réaliste, notamment à cause de la colonisation juive massive en Cisjordanie depuis la conquête israélienne de 1967.

On peut aisément avancer qu’elle ne l’a jamais été : la discontinuité territoriale entre la Cisjordanie et la bande de Gaza empêche de penser sérieusement un État palestinien dans ces espaces, avant même de prendre en considération le morcellement interne de la Cisjordanie impulsé par les accords d’Oslo (zones A, B, C) puis par les…

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Auteur: Iris Seri-Hersch, Maîtresse de conférences – Histoire contemporaine du monde arabe – Département d’études moyen-orientales (DEMO), Aix-Marseille Université (AMU)