En 2022, la France a émis 404 millions de tonnes de CO₂ équivalent, soit 25 % de moins qu’en 1990, année de référence pour le protocole de Kyoto. Bien qu’orientée dans la bonne direction, cette trajectoire de réduction doit encore s’accélérer pour atteindre les objectifs fixés : une baisse de 55 % des gaz à effet de serre d’ici 2030 et la neutralité carbone à l’horizon 2050.
Comment la France a-t-elle réussi à décarboner jusqu’à présent ? Sur les 136 millions de tonnes de CO2 équivalent gagnées entre 1990 et 2022, 66 millions, soit près de la moitié, proviennent d’une réduction des émissions de l’industrie manufacturière.
Ce recul contraste très largement avec l’évolution des émissions industrielles mondiales qui, entre 2000 et 2022, ont bondi de 64 %. Plusieurs facteurs expliquent cette divergence de trajectoires et tous ne sont pas forcément positifs pour l’environnement. Tenter de les identifier, comme nous le faisons dans notre rapport « Décarbonation, réindustrialisation & Entreprises de Taille Intermédiaire » donne quelques clés pour penser la suite de ce mouvement global de réduction de la pollution atmosphérique.
Une décarbonation « facile » jusqu’alors ?
Si réduire les émissions de production est une nécessité, la question plus fondamentale est celle de l’empreinte carbone réelle de notre mode de vie. Quand décarboner signifie importer plus, l’empreinte française se voit gonflée du contenu carbone de la production dans des économies moins vertueuses sur le plan environnemental. Or, la mesure des seules émissions locales ne tient pas compte du contenu importé. Dans ce cas, la décarbonation apparente peut s’accompagner en réalité d’une aggravation du problème environnemental.
A contrario, exporter davantage de produits plus vertueux grâce à une énergie plus décarbonée en Europe serait un gage de réduction globale des émissions,…
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Auteur: Pierre Fleckinger, Professur d’économie, chercheur associé à Paris School of Economics, titulaire de la chaire etilab, Mines Paris – PSL

