Le président du collectif Sauvons nos étangs, Jean-Louis Sanial, nous a donné rendez-vous dans un café du vieux centre de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Au moment d’entrer dans l’établissement, il jette un regard inquiet aux alentours, et préfère finalement reprendre la voiture pour nous conduire dans une zone commerciale, en dehors de Fos-sur-Mer, dans la commune limitrophe d’Istres. Nous y serons selon lui « plus tranquilles ». La veille, Daniel Moutet, qui représente l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos, acceptait finalement de nous parler après un premier refus : « Mon association touche des subventions, et selon qui passera aux municipales, je ne veux pas les perdre », a-t-il prévenu.
Pourquoi tant de prudence ? Dans cette commune située à l’ouest de Marseille se concentre une multitude d’enjeux inflammables, qui font réfléchir à deux fois avant de parler à un média. Fos-sur-Mer, dont le budget dépasse les 109 millions d’euros pour 16 000 habitants – soit deux fois plus que celui de la commune voisine de Port-de-Bouc, pour autant d’administrés – fait partie de la cinquantaine de villes qui pourraient basculer à l’extrême droite aux élections municipales.
Bordée d’un côté par la Méditerranée, de l’autre par les étangs et marais salants, Fos-sur-Mer se distingue par ses cheminées fumantes à perte de vue, qui embrument le ciel alentour et dont les particules emplissent les poumons des habitants. La ville cumule plusieurs records. Elle abrite l’une des plus grandes zones industrielles d’Europe, où les usines de chimie, de pétrochimie ou d’acier s’étendent sur 10 000 hectares. Cette zone industrielle représente à elle seule 20 % des émissions industrielles françaises. Elle comprend 400 installations industrielles, parmi lesquelles 58 sites classés Seveso,…
Auteur: Jean de Peña, Rozenn Le Carboulec

