Réminiscences en partage : les archives queer reprennent vie au Spoutnik

Que reste-t-il des vies que l’on a peu photographiées, peu filmées, ou dont les images n’ont jamais trouvé leur place dans les récits officiels ? En octobre, le Cinéma Spoutnik réunit quatre regards sur les mémoires queer dans le cycle Réminiscences en partage. Des négatifs longtemps laissés de côté, un film inachevé, des voix qui rompent le silence et des archives retravaillées à même la pellicule : chaque séance pose une même question. Que peuvent encore faire ces images aujourd’hui ?

Dans Je veux qu’on se souvienne de nous, Hélène Giannechini rencontre Donna Gottschalk, qui a photographié pendant des décennies les personnes queer de son entourage, notamment dans les milieux populaires. Les portraits et les négatifs inédits qu’elle lui confie racontent des existences rarement regardées avec autant d’attention. Le film est projeté avec Lloyd Wong, Unfinished, dans lequel Lesley Loksi Chan reprend les images laissées par Lloyd Wong, cinéaste gay canado-chinois mort du sida dans les années 1990. L’inachèvement devient le point de départ d’un dialogue avec celles et ceux qui viennent après.

Avec Tongues Untied, Marlon Riggs fait entendre un chœur d’hommes noirs gays confrontés au racisme et à l’homophobie. Poésie, musique, danse, désir et témoignages composent un film qui affirme la possibilité de raconter sa vie avec ses propres mots et ses propres formes. La séance consacrée à T.T. Takemoto suit encore une autre voie : l’artiste travaille des archives liées aux histoires queer et asiodescendantes en peignant, grattant et transformant la pellicule. Les images portent les marques de cette recherche.

Ces films ne demandent pas que l’on regarde les archives comme des objets figés. Ils les remettent entre nos mains et devant nos yeux. On y retrouve des personnes, des gestes et des liens ; on y découvre aussi tout ce qu’il reste à raconter. C’est une invitation à partager ces mémoires…

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