Notre journaliste Marie Astier a un grand potager, chez elle, dans les Cévennes. Dans cette chronique, qui paraît désormais le troisième samedi de chaque mois, elle livre astuces et réflexions, parce que jardiner… c’est politique.
Cette année, il n’y a presque pas eu d’olives. Malgré la récolte de plus en plus précoce, fin octobre, début novembre, canicule et grives sont passées avant nous. Mais l’espoir est là, les vieux oliviers se retapent, leur feuillage est plus dru, le port plus étalé, maintenant qu’ils sont dégagés des ronces, de la salsepareille et de l’ombre des chênes verts qui tentaient de les dépasser.
En haut du terrain, un chemin communal passe. Le weekend, les promeneurs s’arrêtent. Certains anciens croient reconnaître le bout de terre que travaillait leur grand-père et sur lequel ils pique-niquaient enfants. Jolie nostalgie, mais qui ne colle pas au réel : ce terrain est depuis trop longtemps dans la famille de mon compagnon ! Seulement, c’est l’un des derniers, dans la montagne, qui ressemble à ce qu’ils ont connu autrefois.
Les lieux se sont figés dans leur mémoire. Ils n’ont pas poursuivi le labeur de leurs aïeuls, jamais expérimenté les gestes nécessaires pour garder des oliviers « en production », n’ont pas vu le paysage se fermer. Le terrain de leur jeunesse, il n’est sans doute pas loin, de l’autre côté de la murette, à quelques centaines de mètres sur le chemin, mais l’arbre qui a abrité leurs siestes est depuis longtemps étouffé par la forêt qui a repoussé. Ils n’ont jamais lutté contre les ronces, baladé des brouettes d’engrais, reconstruit les murs de pierre sèche, monté de l’eau pour abreuver les jeunes arbres. Ou ont cessé il y a trop longtemps.
« Quelqu’un qui vit sur un terrain qu’il connaît comme sa poche est plus légitime »
Et quand vient l’heure de la vieillesse, de la mort des parents et des successions, ils…
Auteur: Marie Astier

