Arthur Nazaret est journaliste, auteur de Le Prophète qui avait raison, la présidentielle de René Dumont, dans la collection Reporterre-Seuil
Il y a cinquante ans, un homme aux semelles de vent, longue crinière blanche et djellaba rouge, débarque à l’aéroport d’Orly. Cet agronome renommé revient d’un voyage d’étude en Algérie et pense alors reprendre le fil de sa vie. C’est à peine si René Dumont (1904-2001) pose le pied à terre que trois hommes, trois écologistes, fondent sur lui, avec en tête une idée folle : qu’il soit leur candidat à l’élection présidentielle. Ils se proposent de le ramener chez lui à bord de leur petite 2CV. Nous sommes en avril 1974, Georges Pompidou vient de mourir. Dans un mois, un tout petit mois, la France élira un nouveau président.
À sa place, toute personne sensée aurait remercié pour le trajet, mais décliné le projet. Pas lui. Le septuagénaire demande tout de même la nuit pour réfléchir. L’écologie politique n’a alors ni parti, ni argent, ni doctrine constituée, ni aucun professionnel sous la main. Réponse de René Dumont : ce sera oui. L’écologie politique tient son acte de baptême.
« L’écologie ou la mort »
« L’utopie est entrée dans l’histoire de France », clame-t-il alors en meeting. À la télévision, le mot « écologie » doit encore être expliqué. C’est une idée neuve pour un siècle qui ne veut pas se voir vieillir et qui, en même temps que René Dumont, commence tardivement sa timide introspection.
La France vit au rythme des Trente Glorieuses (que certains historiens rebaptiseront les Trente Ravageuses) et voilà que le candidat du mouvement écologiste explique à tout va que notre système capitaliste court à sa perte, qu’une croissance infinie n’est pas soutenable dont un monde fini. Ce sera « l’écologie ou la mort », lance-t-il à la tête des insouciants, quand il n’agite pas les risques d’une terre…
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