Repenser le libre-échange à l’ère des oligopoles


L’ESSENTIEL

  • La théorie stratégique du commerce international montre pourquoi des politiques contraires au libre-échange peuvent être rationnelles dans des marchés oligopolistiques.

  • Après la vague de mondialisation des trente dernières années, le changement de contexte géopolitique donne une nouvelle actualité à cette théorie.

  • Pourtant, loin de justifier les droits de douane et autres entraves, cette théorie rappelle plutôt les impasses des guerres commerciales.


Pendant près de quarante ans, la théorie stratégique du commerce international) est restée dans une position quelque peu inconfortable au sein de la pensée économique.

Élaborée dans les années 1980 par Barbara Spencer, James Brander et Paul Krugman, elle vient contredire l’argument classique de David Ricardo en faveur du libre-échange, en montrant que lorsque les entreprises détiennent un pouvoir de marché, il existe des situations où le libre-échange n’est pas la solution optimale. Un État peut alors, en calibrant soigneusement ses droits de douane ou ses subventions, améliorer le bien-être de son propre pays.

Quand le libre-échange est-il optimal ?

Ces travaux n’ont pourtant eu qu’un impact très limité sur les politiques commerciales réelles. On les a longtemps relégués au rang de curiosités théoriques, valables seulement dans des cas très particuliers. Or, des recherches récentes, menées avec mes coauteurs, montrent que ces situations sont loin d’être des exceptions.

Nous montrons que, au contraire, dans un marché oligopolistique, il est toujours possible d’introduire un droit de douane ou une subvention qui améliore le bien-être national – et parfois même le bien-être mondial. La portée de la théorie stratégique du commerce international est donc bien plus large qu’on ne l’a longtemps cru.

Les ripostes des pays affectés

Un second argument a longtemps poussé les économistes à écarter ces conclusions. La…

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Auteur: Michael Troege, Professeur de Finance, ESCP Business School