L’inquiétude pour les générations à venir, ou plus prosaïquement pour ses propres enfants, est souvent citée comme un moteur d’engagement environnemental. Transmettre en héritage une certaine vision du vivant qui nous entoure peut également être un enjeu pour certains parents. Mais quid de la succession ? En évoquant des particularités légales et culturelles du droit romain, de la culture maorie ou bien de l’organisation sociale basque, le professeur en économie comportementale Sacha Bourgeois-Gironde tâche de voir comment repenser la succession à l’aune des enjeux environnementaux, après avoir consacré un chapitre à cette question dans son ouvrage Comment le droit nous rapproche de la nature (PUF, 2024).
Lier enjeux environnementaux et droits de succession ne va pas forcément de soi. Pourtant les notions d’héritage et de succession ne sont pas étrangères de la pensée écologique, avec notamment cette phrase populaire, « Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants », dont l’image est beaucoup reprise, notamment comme motivation à agir. Pourquoi d’après vous ?
Sacha Bourgeois-Gironde : Oui, c’est précisément le point d’où je suis parti pour penser la relation entre droits de succession et crise environnementale. Ce poncif de la pensée écologique emprunte à ce lexique de la transmission et de l’héritage, et je l’ai pris au pied de la lettre, tout en sachant qu’il n’y a précisément pas, que ce soit dans la littérature écologique ou dans la littérature juridique, de mise en rapport entre le thème de la responsabilité de la génération présente vis-à-vis des générations futures et la manière dont sont conçus les droits de succession.
Cette citation parle donc d’emprunt dans un sens fort intéressant. Dans une veine utopique soucieuse de la préservation de l’environnement, elle fait de nous des usagers temporaires devant remettre à…
Auteur: Sacha Bourgeois-Gironde, Professeur en économie comportementale et en science cognitive, Université Paris-Panthéon-Assas

