Répondre à la science

Les scientifiques font des constats alarmants sur l’état de la planète autant que sur l’inaction des pouvoirs économiques et politiques. Ils nous encouragent alors, par milliers, à l’activisme écologique. Nous sommes évidemment touchés et mobilisés, mais pouvons être étonnés d’entendre un appel à changer le monde de la part d’une science qui déclare qu’elle ne peut rien changer puisqu’elle ne fait que « constater ». Il s’agit donc ici de proposer d’engager des pourparlers, histoire de s’assurer que les chercheurs sont prêts à se désolidariser du type de science qui gouverne aujourd’hui les vivants et leurs milieux de vie, et surtout disposés à faire eux-mêmes la révolution au sein de leur façon de connaître, quitte à perdre en crédibilité aux yeux des forces qui s’appuient sur « ceux qui savent ». En un mot s’il est urgent de répondre à l’appel de la science, il est tout aussi nécessaire d’inviter les scientifiques à répondre de la science pour la convertir à la nature.

La science ne connait pas la crise. Elle ne subit ni l’événement sanitaire, ni le désordre climatique. Elle certifie les discours et les hommes, elle produit les connaissances et les vaccins. Ceux qui prétendent à une pensée crédible se battent alentour pour être labellisés. Et peu importe les remous causés par les ego, tous ont la conviction d’agir pour le bien commun.

C’est peut-être pour cette raison que les scientifiques se permettent parfois d’aller à l’encontre du pouvoir. Ce fut notamment le cas quand plus de mille chercheurs de diverses disciplines publièrent un appel à la rébellion : constatant que les politiques ne font rien pour la planète, ils en appelaient plus que jamais à rejoindre la désobéissance civile menée par les associations écologistes.

Ce type de prise de parole se fait souvent à grand renfort de chiffres. Il s’agit d’être pris au sérieux, alors on s’applique à s’exprimer de façon cohérente, en termes quantitatifs et répétables sous conditions de laboratoire. Il s’agit de montrer que la pensée ne s’enfonce pas en elle-même, et qu’elle parle du réel. Il s’agit de faire preuve de sa santé mentale pour ne pas être ostracisé, accusé de complicité de complotisme ou renvoyé à la masse des peurs irrationnelles.

Certaines choses clochent pourtant dans l’attitude scientifique. On prétend que l’effort de recherche est anonyme et collectif, mais on laisse courir le mythe du génie (si le nom de Raoult est trop polémique, on…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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