Le 17 octobre dernier le journal Le Monde a publié un entretien avec Eva Ilouz rédigé par Luc Bronner. Ilouz y est présentée comme une « universitaire franco-israélienne ». Je réponds aussi en tant qu’un universitaire. Je suis né en Israël et y ai grandi, et je travaille comme historien du Judaïsme au CNRS et à l’EHESS, où Eva Ilouz est directrice d’études. Une réponse est nécessaire non seulement pour corriger des erreurs factuelles, mais aussi pour proposer quelque chose qu’elle ne propose pas – une vision de la réalité d’où pourrait surgir l’espérance face au conflit mortifère.
Eva Ilouz, sociologue et auteure du livre Les émotions contre la démocratie, nous dit que l’attaque du 7 octobre a déclenché « une peur existentielle qui s’est radicalisée », et que c’est là où se trouve « la raison pour laquelle la guerre est devenue totale et existentielle ». Elle décrit l’expérience traumatisante des Israéliens face aux attaques terroristes sans précédent, et évoque le désarroi des Israéliens face à la « démultiplication des techniques de l’horreur. »
Ceci est une vision assez juste de la situation émotive-politique de beaucoup d’Israéliens aujourd’hui. Eva Ilouz, il me semble, y adhère, et cela bien que des voix dissidentes existent dans la société israélienne, et sont de plus en plus étouffées par des milices officielles et officieuses.
Comme celle de Israël Frey, un juif haredi et un journaliste remarquable, aujourd’hui indépendant. Le 18 octobre il a diffusé un message vidéo depuis le lieu où il s’est abrité après que des centaines de militants de droite ont attaqué sa maison. Voici son analyse à lui de la situation émotive-politique :
« Je suis persécuté parce que j’ai fait preuve d’empathie et j’ai prié aussi pour les enfants de Gaza qui se font massacrer. Israël traverse une période extrêmement difficile. Les images de…
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Auteur: dev

