La République centrafricaine figure non seulement parmi les pays les moins avancés du monde, mais aussi parmi ceux qui ne progressent presque pas. Pendant longtemps, cette tendance a été expliquée par son statut de « pays orphelin de l’aide ». Pourtant, au cours de la dernière décennie, le pays a vu son aide étrangère tripler sans pour autant parvenir à sortir significativement sa population de la pauvreté.
En analysant en profondeur les budgets nationaux et les allocations d’aide du pays au cours des dernières décennies, nous sommes parvenus à la conclusion que les priorités n’avaient pas été fixées là où elles auraient le plus profité à la population.
Nous sommes deux chercheurs issus de disciplines et d’horizons professionnels variés : un chercheur allemand spécialisé dans la comparaison des conflits et ayant plusieurs années d’expérience dans l’étude de la République centrafricaine et un universitaire centrafricain qui étudie son pays depuis plus d’une décennie sous l’angle anthropologique.
Ensemble, nous avons tâché de combler le fossé entre l’approche qualitative et l’approche quantitative et de mettre en relation les données concrètes relatives à la budgétisation et à l’aide au développement avec une compréhension de ce que ces chiffres signifient sur le terrain pour l’une des populations les plus pauvres du monde.
En effet, trouver des données sur la RCA n’est pas une mince affaire. Pour constituer l’ensemble de données sur les budgets nationaux, nous avons dû copier manuellement les informations issues de fichiers image contenant les budgets des années précédentes, chacun comptant plusieurs centaines de pages, dans un vaste tableau Excel. Nous avons ensuite tenté d’aligner, tant bien que mal, les variations de nomenclature d’une année à l’autre.
Nous nous sommes également rendus dans des milieux ruraux difficiles d’accès pour discuter avec les habitants de…
Auteur: Tim Glawion, Senior research fellow at the Arnold Bergstraesser Institut, Freiburg, Germany, University of Freiburg

