Résistance-transit

A se demander si le monde de La Gare est habitable, il nous vient un profond sentiment de malaise. Il s’agit d’un univers de flux, de mouvements, de croisements, de réseaux et de branchements. Comme si, ici, les lignes de chemins de fer formaient des constellations dans un ciel artificiel plutôt que dessiner des routes terrestres.

Une reine répondant au nom d’Hannah pilote ce royaume, enveloppée dans une robe rouge. Cette directrice de la Gare siège sur un trône à roulettes au 112è étage d’une tour de métal et d’acier. Les couleurs fauves et criardes de son pays de couloirs, d’escalators, de rames et de galeries, nous font douter de sa réalité factuelle. Et, dans le même temps, nous donnent une impression d’étrange familiarité. Quel est ce monde où le moindre geste est enregistré par des caméras de surveillance ? Où l’identité de n’importe qui est associée à un numéro matricule ? Où la liberté de circulation est conditionnée par la conformité d’un passeport numérique qui peut être, à tout moment, modifié par les caprices d’un pouvoir aussi diffus que tentaculaire ? C’est au milieu de cette forêt de signes et de chiffres, d’images et d’opérations, de portiques de sécurité et d’écrans, de gestion des risques et de contrôle des foules, que s’ouvre la Bande Dessinée de Raphaël Geffray.

Est-ce un hasard si le nom du protagoniste principal est Adam ? C’est-à-dire celui du premier homme, mais aussi celui de la terre. Comme s’il en allait d’une interrogation sur la condition de l’homme moderne au cœur même de cette fable que résume, lapidairement, la citation de Bernanos qui ouvre la BD : « Aller vite ? Mais aller où ? ». Adam est le bassiste du groupe Kosmos et s’imagine quitter la Gare après la dernière date de la tournée. Mais c’était sans compter le crush d’Hannah qui a décidé de le retenir dans ses filets par tous les moyens techniques qui sont à sa disposition… La puissance du récit est de nous…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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