En 1940, la France est défaite, le nazisme règne sur la quasi-totalité de l’Europe. Comment résister ? Léa Nicolas-Teboul y répond en croisant deux expériences originales qui puisent dans le surréalisme moins un corpus qu’une « tradition émancipatrice » (page 62).
Sur l’île de Jersey où elles résident depuis 1937, Claude Cahun (1894-1954) et sa compagne, Marcel Moore (1892-1972), lancent une campagne de contre-propagande contre l’occupant allemand. Elles ont toutes deux déjà un long parcours artistique et politique. En 1930, le livre de la première, illustrée par la seconde, est ironiquement – et significativement – refusé par la Nouvelle Revue Française en raison de son « genre indéterminé » (page 19). Au cours des mois suivants, elles se politisent et rejoignent l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR), une organisation pilotée par les communistes qui tente de créer un front intellectuel. C’est au sein de ce regroupement que Cahun se rapproche des surréalistes et rédige Les paris sont ouverts, un texte qui défend la puissance de l’action indirecte de la poésie ; celle-ci n’est pas tributaire de mots-clés (« prolétaires », « révolution », etc.), d’un sujet (social, politique), d’effets directs de propagande. Elle peut, plus souterrainement et efficacement, agir en créant des courts-circuits. André Breton, l’auteur du Manifeste du surréalisme, fut impressionné par cette analyse sur laquelle il entend appuyer tout à la fois l’autonomie et la politisation du surréalisme.
À Paris, en 1941, autour des rares surréalistes, moins connus, restés en France et de jeunes issus de la revue Réverbères, se regroupent quelques personnes intéressées à poursuivre les recherches du surréalisme tout en s’organisant face à l’occupant. En référence à Rimbaud – « la main à plume vaut la main à charrue, jamais je n’aurai ma main » –, ils…
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