La dix-septième Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, réunie à Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie, du 17 au 28 août, a accordé aux parcours et aux éleveurs une visibilité rare. Mais financer davantage leur restauration ne suffira pas.
Les parcours, ces espaces pâturés naturels ou semi-naturels, couvrent 54 % de la surface terrestre, font vivre environ deux milliards de personnes et sont gérés par quelque 500 millions de pasteurs.
En Afrique de l’Est, ils fournissent l’essentiel de la ressource fourragère des systèmes d’élevage. Ils reçoivent pourtant moins d’investissements que les forêts, faute d’une évaluation crédible de leur valeur économique.
Un malentendu doit d’abord être levé. La désertification ne désigne pas l’avancée d’un désert. Elle constitue la perte de productivité de terres habitées, dans les zones sèches, sous l’effet de divers facteurs, dont le climat et les usages. Les politiques de restauration ne sont donc jamais de simples opérations techniques. Elles reposent sur un modèle de fonctionnement des écosystèmes, et ce modèle détermine leurs résultats.
Chercheur en sciences du sol et en agro-pédologie, j’ai étudié la dégradation des terres et la restauration des sols dans les milieux arides et semi-arides. J’examine les conditions nécessaires pour que la restauration des parcours pastoraux en Afrique de l’Est soit réellement efficace et adaptée aux réalités des éleveurs.
Une restauration qui dégrade
La plaine de Hanlé, au sud de Djibouti, en fournit une illustration. Nos observations y portent sur l’un des principaux sites cartographiés avec l’appui technique de la FAO. Les abords de plusieurs points d’eau s’y ferment sous l’effet de Prosopis juliflora.
Cet arbuste envahissant forme des fourrés denses autour de ressources qui commandent l’ensemble du circuit de pâturage. Il encercle les Vachellia tortilis, ces acacias qui…
Auteur: Sougueh Cheik, Docteur en sciences de l’environnement (sciences du sol) et chercheur au Centre d’Étude et de Recherche de Djibouti (CERD), Institut de recherche pour le développement (IRD)
