Le Premier ministre a récemment annoncé vouloir restaurer l’autorité de l’État et enseigner aux (jeunes) Français son respect. Sans juger le fond de cette politique, il est permis de craindre qu’il ne fasse, avec son entourage, un contresens sur le concept et le confonde avec une notion lexicalement proche, mais conceptuellement opposée, celle d’autoritarisme. J’ai exploré cette distinction dans un travail de recherche récent.
Ils ne sont pas les seuls à commettre cette erreur. En effet, des sociologues et des psychologues sociaux confondent généralement autorité et pouvoir. Plus précisément, ils associent indifféremment l’idée d’autorité à celle de pouvoir légitime et à celle de concession ou d’autorisation. Cette confusion est parfois sans conséquence, car certains décideurs agissent à bon escient sans être autorisés à le faire. Cependant, s’ils recherchent l’autorité au sens d’autorisation, ces mêmes décideurs doivent en référer à ceux qui les entourent car ils ne peuvent pas s’autoriser eux-mêmes.
Plus généralement, l’exercice du pouvoir ne peut se faire sans affecter d’autres personnes, qui en apprécient alors ses conséquences et évaluent leur désirabilité et acceptabilité. Cette évaluation établit l’inséparabilité, à la fois théorique et pratique, du pouvoir et de l’autorité. Cependant, cela ne signifie pas que les deux notions puissent être confondues.
Une source de pouvoir, parmi d’autres
Le philosophe Carl Friedrich (1901-1984), qui fait notamment partie des grands analystes des régimes totalitaires, est l’un des premiers à s’être opposé à l’amalgame entre pouvoir et autorité et à déplorer la confusion qui en résultait. Selon lui, l’autorité se distingue du pouvoir par la nature de l’obéissance qu’elle implique : obéissance volontaire (qui indique la coopération) pour la première, obéissance involontaire (qui signale la coercition)…
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Auteur: Jean-Etienne Joullié, Professeur de management à l’EMLV, Pôle Léonard de Vinci

