À en croire certains commentateurs, la réforme des retraites repose sur des fondements rationnels et devrait donc convaincre tout esprit raisonnable. Aussi ces commentateurs sont-ils désarçonnés par une contestation imperméable à la « pédagogie » du gouvernement et de ses relais médiatiques. Jusqu’au mépris de classe ?
Début janvier, nous repérions déjà le procédé argumentatif dans un édito de L’Éclair des Pyrénées (2/01) : « Pour vaincre les réticences, on peut faire parfois le pari de la raison et de l’intelligence. »
Pari perdu. Quelques jours plus tard (13/01), c’est le directeur de la rédaction du Figaro Magazine (et par ailleurs chroniqueur sur France Inter), Guillaume Roquette, qui joue la même partition, un ton au-dessus. Perplexité d’abord : « Les justifications d’un allongement de la vie professionnelle » sont contestées alors qu’elles sont « incontestables » ; « une nette majorité de nos compatriotes persiste à se montrer hostile au projet » alors que les arguments en sa faveur sont « rationnels ». D’où cette question pleine de bon sens : « Les Français sont-ils idiots ? » Et la réponse, toute en pondération : « tête dans le sable », « nihilisme », « pessimisme foncier », « irresponsable ».
Un peu plus tard, « les Français » n’étant toujours pas sortis de leur caverne, ce sont cette fois « Les Informés » qui s’y mettent (Franceinfo, 26/01). Les informés parlent aux non-informés :
– Jean-François Achilli : Je m’adresse maintenant à la spécialiste de la communication politique, Charlotte Euzen. Franchement, est-ce qu’il n’y a pas aujourd’hui un problème de compréhension de cette réforme des retraites ? Nous avons eu une valse des chiffres, au départ, une explication, une pédagogie totalement absente, aujourd’hui une cascade de situations personnelles : plus personne ne comprend rien à cette réforme !
– Charlotte Euzen : Je vois deux points : […] la pédagogie a existé mais elle a été trop sophistiquée ; […] en fait, ce texte personne ne le connaît réellement. […]
– J.-F. A. : Vous diriez, Charlotte qu’on est parti d’un texte supposément de raison, pour verser dans un registre… de l’émotion nationale, là-dessus ? Nous sommes dans l’émotion !
– C. E. : Ben on est exactement dans la bataille de l’émotion, avec un gouvernement qui essaie de convaincre rationnellement, mais avec un discours extrêmement… moi j’employais le mot de sophistiqué, mais…
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Auteur: Maxime Friot Acrimed

