Révélations – Syrie, Somalie… Tereos, un géant du sucre au milieu des trafics

Le sucre de Tereos a-t-il servi à financer les djihadistes des Chabab et des contrebandiers de l’armée kényane ?

Le 16 juin 2016, une cargaison de 1300 tonnes de sucre quitte le port de Santos (Brésil) à destination du port de Kismayo (Somalie), après deux escales à Valence (Espagne) et Salalah (Oman). Le 24 juin 2016, l’entreprise brésilienne Enerfo adresse en conséquence une facture de 640 354 dollars à Tereos Commodities SA, une filiale suisse de Tereos spécialisée dans le négoce de sucre blanc.

Pourtant, dès 2015, le rapport d’un collectif de journalistes kényans (« Black and White – Kenya’s criminal racket in Somalia ») largement repris par la presse internationale fait état d’un racket organisé sur le sucre arrivant au port de Kismayo, acheminé via des réseaux de contrebande jusqu’au Kenya. Le trafic bénéficie à des soldats de l’armée kényane et au groupe terroriste Al-Chabab, qui en retirent chaque année plusieurs millions de dollars. 

Le Kenya peine à s’approvisionner en sucre : pour l’année 2015, seuls 62 % de ses stocks provenaient de la production nationale, d’après les chiffres du Département d’Agriculture américain. En 2014, le fossé entre les besoins du pays et ses capacités d’approvisionnement s’élevait à 200 000 tonnes. Un juteux trafic s’est alors mis en place depuis le port somalien de Kismayo, où stationnent de nombreux soldats kényans depuis que l’un de leurs alliés, un chef de guerre local, a chassé en 2012 les djihadistes des Chabab (abréviation de Harakat Al-Chabab Al-Moudjahidin). 

Auteur : Le Média
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