La Révolution soudanaise compte parmi les grands soulèvements révolutionnaires du XXIᵉ siècle. Comme trop de nos grandes révolutions, elle a — du moins pour l’instant — été étouffée dans le sang et la dictature. Mais, à l’instar de toutes les grandes révolutions, elle a aussi été un creuset où se sont forgées de nouvelles idées, pratiques et tendances politiques pour le moins significatives.
Bien que l’anarchisme ne soit pas chose nouvelle en Afrique, comme dans de nombreuses autres régions du monde, il peine encore à dépasser le stade de tradition intellectuelle ou de mode de vie pour devenir un mouvement porteur de recommandations stratégiques et concrètes. En s’impliquant pleinement dans les mouvements sociaux qui ont porté la Révolution soudanaise, tout en développant leur propre organisation politique formelle, les anarchistes au Soudan ont réussi à élaborer une pratique révolutionnaire ancrée dans la lutte des classes de leur pays. Malgré des conditions radicalement différentes de celles que nous connaissons ici, leurs expériences nous offrent des leçons précieuses, tant sur le processus de lutte révolutionnaire que sur la survie en temps de guerre civile et d’intense répression.
Avant le déclenchement des manifestations massives de décembre 2018, le Soudan connaissait déjà une opposition grandissante à la dictature d’Omar el-Bechir et aux conditions économiques accablantes auxquelles la population était confrontée sous son régime. Cette atmosphère, marquée par des éclats successifs de protestations étudiantes et ouvrières incita de jeunes militants étudiants à chercher des systèmes de pensée capables de les aider à surmonter les nombreux obstacles auxquels ils/elles étaient confronté·e·s. C’est durant cette période que certains des membres fondateurs du Groupe Anarchiste au Soudan (AGS) ont découvert l’anarchisme, et que ce groupe a été fondé en avril 2017, d’abord en…
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