Rêver : Machines sauvages

Le sauvage murmure dans les profondeurs du monde l’appel enivrant.
Ici ou ailleurs, par le foisonnement des vies, son écho résonne.
Et dans les empreintes, formes, reliefs ou mouvements, il surgit soudain.
Autant qu’il échappe, sans se dissocier de nous, il nous transfigure.
Déjà évanoui. L’insaisissable demeure dans sa force vive.

Je rêve. Je rêve d’un grand sursaut. Il s’apparente à ce qui, depuis une fissure en nous, pourrait se répandre, s’amplifier, exulter même. Ce serait comme un zigzag, une droite qui s’infléchit, un cercle qui s’ouvre, une spirale qui s’irrégularise. Ce débordement ne s’opposerait pas à l’écologie capitaliste, aux innovations-destructions et au solutionisme qui les accompagne ; il voudrait les suspendre pour que nos pensées s’arrêtent, le temps d’incorporer l’existant, de concrétiser en nous la dérive vers laquelle « ils » nous entraînent. Juste appréhender pleinement et sursauter, d’effroi ou de colère, mais sursauter. Est-ce encore possible ? Nous savons les soubresauts, les résistances en des lieux précis (collectifs pour l’agriculture paysanne, contre la mal-bouffe et les périls animaux, cantines solidaires, assistance aux plus démunis et aux réfugiés), mais quid de l’arrêt du système ?

Cela a commencé il y a bien longtemps. Mes contemporains le critiquent de toutes parts, mais rien n’y fait. Un système tellement vaste qu’il est impossible de dire où cela commence et où cela finit. D’ailleurs, cela ne finit pas, cela ne cesse de se nourrir et d’envahir. Cela s’insinue insidieusement dans le quotidien le plus ordinaire, telles ces trottinettes géolocalisées dont la vitesse sera bloquée à 10km à l’approche des écoles. Progressivement l’IA modèle nos comportements, toujours pour de bonnes raisons, disent-« ils ». Il n’est plus question de nous infantiliser par la simplification du réel (logos et autres symboliques naïves) mais de restreindre notre autonomie par commandements arbitraires. Nous n’agissons pas, nous sommes guidés, voire mis en action par l’extériorité machinique (« Les applications du « Monde » vous accompagnent à chaque moment de votre journée », « Maîtriser son temps, devenir plus efficace et pertinent au quodidien », « Préparer les courses intelligemment et facilement »). Les humains courent aujourd’hui avec des appareillages et des puces électroniques incorporés aux dossards 2.0 (sous la peau, ce serait tout de même plus pratique) : tout savoir sur soi, tout…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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