Révoltes urbaines : couper les réseaux sociaux pour ignorer l’incendie ?

« L’attention est l’oxygène des mouvements. Sans elle, ils ne peuvent pas s’embraser », écrit Zeynep Tufekci, sociologue américano-turque dans son remarquable essai Twitter et les gaz lacrymogènes, forces et fragilités de la contestation connectée (C&F éditions). Elle ajoute : « Des acteurs puissants tentent d’étouffer les mouvements en leur refusant toute attention. » Couper les réseaux sociaux ou carrément le réseau des réseaux, Internet, est devenu en quelques années l’outil indispensable des régimes autoritaires. Turquie, Inde, Chine, Russie… 72 pays (1), non démocratiques pour l’essentiel, utilisent de telles techniques pour s’assurer de la docilité de leur population.

Pourtant, et il fallait bien se frotter les yeux pour être sûr de ne pas rêver, le sujet a bien été abordé en France. Fabien Roussel le proposait sur un plateau de France info le 1er juillet : « On les coupe quand c’est chaud dans le pays. Je préfère l’état d’urgence sur les réseaux sociaux que sur les populations. » Essayons d’oublier la dichotomie absurde entre vie virtuelle et vie réelle, poursuivons. Trois jours plus tard, c’est finalement au tour d’Emmanuel Macron d’envisager, le tout sans rougir, de « réguler ou couper » les réseaux sociaux devant 220 maires. Qu’une personnalité politique habituée à l’outrance pour exister le mentionne peut faire soupirer. Mais que le président de la République souhaite ouvrir le débat sur ces techniques, il y a de quoi s’inquiéter.

Nous leur avons mis une énorme pression pour qu’ils suppriment les contenus illicites.

À problème complexe, solution technologique

Il reste tout de même encore des voix pour ramener à la raison. La proposition a quasiment fait l’unanimité contre elle, au point d’indigner au sein même du camp présidentiel. Des sources « proches du pouvoir » ont ensuite…

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Auteur: Romain Haillard

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