La dimension carcérale est souvent reléguée en marge de la lutte révolutionnaire, l’emprisonnement étant considéré comme une suspension dans l’engagement politique. Cependant, pendant le « long mai 68 » italien, alors que les tensions s’intensifient et que les mouvements sociaux embrassent tous les aspects de la vie (luttes ouvrières, étudiantes, féministes, chômeurs, etc.), les prisons se remplissent.
De nombreux militants, soutenus par des rencontres avec le sous-prolétariat incarcéré, décident de poursuivre leur lutte au sein même des établissements pénitentiaires. Un mouvement d’ampleur se développe : révoltes et évasions se multiplient, une solidarité s’organise à l’extérieur avec la participation d’artistes et d’avocats, les procès deviennent des arènes où les accusés défient les accusateurs, et la lutte armée trouve dans l’emprisonnement un terreau propice à son développement. Ainsi, toute la machine répressive de l’État est attaquée à travers ses institutions carcérales. Désormais, la théorie et la pratique communiste affrontent l’État également sur le « front carcéral ».
C’est l’histoire de cet affrontement, pan relativement méconnu des années 1970 italiennes, qui est raconté par les historien·nes Elisa Santalena et Guillaume Guidon dans leur ouvrage La lutte emprisonnée. Répression, droit et révolution dans l’Italie des années 1970 (Éditions Syllepse, 2023), dont est extrait le texte suivant qui représente la conclusion de leur travail.
« Il est juste, honnête et politiquement correct, de parler d’une grande défaite que nous avons subis, d’une défaite historique parce que l’enjeu était très élevé : le changement révolutionnaire était un grand défi que nous avons perdu. Cette prémisse est fondamentale et indispensable, pour ne pas mystifier la réalité historique. » (Ferruccio Dendena[1])
Dans le contexte du tournant des…
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