Le Musée Soulages de Rodez a 10 ans ! Ce vaisseau, qui attire 130 000 visiteurs par an dans une ville de 24 000 habitants, peut s’enorgueillir d’avoir dynamisé le tourisme dans l’Aveyron. Pour son anniversaire, il s’offre la première rétrospective (1) française en région dédiée à Lucio Fontana, une des figures les plus radicales de l’art moderne. Pierre Soulages, décédé en 2022, en avait approuvé le principe. « Il avait rencontré Lucio Fontana en 1961, à la galerie Iris Clert à Paris, tous deux s’intéressaient à la représentation de l’espace-temps », souligne Benoît Decron, le directeur du musée. Pierre et Colette Soulages avaient même acheté un Concept spatial (1968) de Fontana qui figure aujourd’hui dans l’exposition.
Riche de plus de 80 œuvres, l’accrochage resserré se concentre sur l’évolution de l’artiste et ses innovations. Fils d’un immigré italien en Argentine, sculpteur de portraits funéraires, Lucio Fontana se forme à l’Académie des beaux-arts de Brera à Milan. Dans les années 1930, il oscille entre des Vénus primitives en terre, incisées au couteau, et des épures de métal, évidées et abstraites. Cette tension, entre un pôle très charnel et un autre détaché de la matière, l’animera toute sa vie. Dommage que l’exposition et son catalogue éludent son soutien au gouvernement de Mussolini dont il reçoit des commandes (2).
Un « environnement » en néon reconstitué
Revenu en Argentine pendant la Seconde Guerre mondiale, Fontana y apprend que son atelier de Milan a été bombardé. En 1946, il tente alors, comme beaucoup d’artistes, un « retour à zéro ». Il rédige un Manifeste blanc qui prône un art intégrant « l’espace-temps » et relié au cosmos, en se référant à la théorie de la relativité d’Einstein. À la Biennale de Venise de 1948, il expose un Homme atomique et cette Sculpture spatiale présentée à Rodez, dans laquelle un semblant…
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Auteur: Sabine Gignoux, envoyée spéciale à Rodez

